Éloge du seumFaire l’éloge du seum ? pourquoi défendre cette émotion, mélange de contrariété, de colère et de frustration ?

Il suffit parfois d’une scène banale. Un mail sec. Une remarque “comme ça”. Une charge de plus qu’on ajoute sans demander. Et quelque chose se crispe. L’esprit s’emballe. Le corps se tend. Mais, ensuite, on finit souvent par se reprocher de réagir.

A l’opposé, la tyrannie du bien-être préfère les émotions lisses, rapides, “gérables”.

Pourtant, le seum n’est pas un caprice et l’idée n’est pas de l’entretenir. Non, ici, l’objectif est de lui redonner sa place de signal.

Aussi, je vous propose de clarifier ce qu’il nous dit. Mais aussi de comprendre ce que la tyrannie du bien-être tente d’en faire.

Éloge du seum : de quoi parle-t-on, exactement ?

Le “seum” n’est pas un terme clinique. C’est un mot d’argot qui désigne une rage froide, une frustration tenace, un dégoût, parfois un sentiment d’humiliation.

On dit “avoir le seum” quand on se sent lésé, rabaissé, ignoré, ou coincé. Cette émotion ressemble à un mélange composé, d’un côté, de la colère. Et de l’autre, l’impuissance.

L’origine du terme est souvent rattachée à un mot arabe proche de “sèmm”, associé à l’idée de poison ou de venin. Aussi, le seum évoque quelque chose qui brûle et qui contamine la pensée. Mais ce n’est pas une fatalité.

Mais l’éloge du seum ne consiste pas à s’empoisonner. Au contraire, il consiste à écouter l’alerte. Puis à traduire le message.

Quand la tyrannie du bien-être étouffe l’éloge du seum

De son côté, la « tyrannie du bien-être » ne se présente pas à nous comme une domination. Au contraire, elle arrive pleine de bonnes intentions : “Respirez.” “Relativisez.” “Restez positif.”

Mais le problème, c’est la répétition. À force de répétition, ces injonctions transforment toute émotion en faute.

On finit par croire qu’une colère est “toxique”. Par penser qu’une frustration est “immature”. Et en fin de compte, par cacher son seum, même à soi, pour rester dans « la norme ».

Mais c’est oublier un peu vite qu’une émotion étouffée ne disparaît pas. Elle change simplement de forme. Elle devient irritation, rumination, cynisme, et source de fatigue morale.

La nuance est importante. Le bien-être est une aspiration légitime. Mais la tyrannie du bien-être impose un devoir d’aller bien. Et ce devoir abîme la lucidité.

Le corps dans l’éloge du seum : ce qu’il tente de vous dire

Le seum a une signature corporelle. Souvent, la respiration monte. La mâchoire se serre. Les épaules se figent. Le ventre se noue. Pour finir, le cœur accélère, puis le mental s’emballe.

En toile de fond, le système nerveux autonome passe en vigilance. C’est la partie du système nerveux qui gère l’alerte, sans décision consciente. Ainsi, le corps prépare une réponse. Il anticipe un conflit, une défense, une sortie. Bref, il mobilise toutes ses ressources.

Quand l’expression de ce sentiment est interdite, l’énergie reste coincée. Elle cherche une issue. Parfois, cela donne une explosion. Mais parfois, c’est une implosion, plus silencieuse. Qui laisse des marques profondes et aspire notre énergie physique et mentale.

Dans les deux cas, le seum doit être vu comme un signale, une limite. Mais en aucun cas comme un défaut de caractère.

Le rôle du stress dans la boucle “alerte – contrôle – explosion”

Mais le stress n’est pas l’ennemi. En effet, il n’est qu’une réponse d’adaptation.

Il mobilise l’énergie pour faire face. Et le souci commence quand la scène se répète, que l’on ne peut rien ajuster. Quand le corps reste prêt, sans action possible.

Alors, le cerveau cherche une sortie. Soit il attaque, soit il contrôle. Ou, pire encore, il rumine. En effet, la rumination donne l’illusion d’agir. Elle réchauffe l’émotion, sans résoudre la situation.

Concrètement, plus la boucle dure, plus le seum s’épaissit.

Régulation émotionnelle : l’éloge du seum sans se juger

En psychologie, la régulation émotionnelle désigne les stratégies qui modifient l’intensité, la durée, ou l’expression d’une émotion. Autrement dit, on ne “contrôle” pas une émotion comme un interrupteur. On apprend à la traverser.

Certaines stratégies soulagent à court terme, mais coûtent cher ensuite. C’est le cas de la suppression.

On bloque l’expression de notre mal-être, on ravale notre colère, on fait bonne figure. Et, le soulagement semble immédiat. Mais c’est oublier que la tension corporelle reste. Et que la pensée, elle, continue à tourner en boucle.

Mais soyons clair, l’acceptation ne veut pas dire “tout accepter”. Au contraire, elle consiste à reconnaître ce qui est, là, sans se juger. Elle seule nous donne le pouvoir décider. En effet, l’émotion devient une information, pas un verdict.

Et cela change tout !

La tyrannie du bien-être et la “positivité toxique”

La positivité toxique désigne une attitude où l’on nie systématiquement ce qui dérange. Où l’on “recolle” une couche de positif sur une réalité douloureuse. Cela peut partir d’une bonne intention. Pourtant, l’effet est souvent violent.

En pratique, la positivité toxique coupe deux choses :

  • D’abord, elle coupe l’accès au soutien. Quand on doit aller bien, demander de l’aide devient honteux.
  • Ensuite, elle coupe la précision. On ne sait plus ce qui fait mal, donc on ne sait plus quoi protéger.

De plus, la tyrannie du bien-être fonctionne comme un filtre :

  • Ce qui est “agréable” passe.
  • Ce qui dérange est disqualifié.

Or les émotions difficiles sont souvent des informations fiables. Le seum, lui, indique souvent une injustice, un manque de respect, une charge de trop.

Quand le “bien-être” devient un tableau de bord

Le piège moderne est subtil. On mesure tout : sommeil, performance, humeur, productivité.

Ainsi, l’état intérieur devient un indicateur de réussite.

Pourtant, la vie n’est pas un reporting. L’équilibre se construit avec des oscillations. Il y a des jours clairs ou lisses. Il y a des jours sombres ou rugueux.

Dès lors, avoir le seum peut être un signe d’attachement à ce qui compte : respect, justice, sécurité, cohérence.

Transformer l’éloge du seum en moteur individuel, sans poison personnel

Le seum devient utile quand il est traduit. Sans traduction, il se transforme en humeur. A l’inverse, avec une traduction, il devient une boussole.

Commencer simple aide beaucoup :

  • Quelle scène précise a déclenché l’émotion ?
  • Quel mot, quel ton, quel geste ?

Ensuite, quel besoin a été touché ? Reconnaissance, équité, calme, limites, sécurité ?

Cette étape évite un piège classique : confondre “ce qui m’a blessé” avec “je suis nul”.
La première phrase ouvre une action. Mais la seconde enferme.
Par conséquent, le seum n’est pas la preuve d’une fragilité. Au contraire, il la preuve d’une lucidité.

Trois questions pour décoder le seum, sans s’y noyer

  • “Qu’est-ce qui, précisément, m’a piqué ?”.
  • “Quelle limite a été franchie ?”.
  • “Quel micro-geste réaliste peut rétablir de la justesse ?”.

Un micro-geste suffit souvent : demander un échange. Poser un cadre. Refuser une tâche en trop. Écrire une réponse courte…

Dès lors, on sort de la revanche imaginaire. On revient au pouvoir d’action.

Quand l’éloge du seum révèle un problème collectif

Le seum n’est pas toujours “personnel”. Il apparaît aussi quand un système dysfonctionne.

Charge injuste. Règles floues. Reconnaissance absente. Ton agressif banalisé… Beaucoup portent cela seuls. Et la tyrannie du bien-être encourage cette solitude.

“Gérez vos émotions” remplace parfois “changeons les conditions”. Cependant, parler de son seum avec discernement peut créer du collectif. Cela ouvre une discussion sur les règles, les limites, les priorités.

Il ne s’agit pas de dramatiser mais de clarifier. Un collectif sain n’a pas besoin d’un conflit permanent. Il a besoin de mots simples et de frontières claires.

L’éloge du seum en 4 temps pour agir sans se durcir

1) Reconnaître sans s’excuser

D’abord, reconnaître : “j’ai le seum”. Ensuite, préciser : “voici la situation”.
Cette précision protège. Elle évite l’attaque globale. Par ailleurs, elle évite aussi l’auto-culpabilisation.

2) Redescendre la charge physiologique

Tant que le corps est en alerte, la pensée reste en guerre. C’est pourquoi il est utile de revenir au souffle.

Une expiration plus longue que l’inspiration calme le système. Le relâchement des mâchoires et des épaules aide aussi. Ensuite seulement, la réponse devient plus fine.

3) Formuler une demande ou une limite

Une limite efficace est courte. Elle ne cherche pas à convaincre mais à protéger.
Par exemple : “Je peux le faire, mais pas dans ce délai.” Ou : “Je ne suis pas d’accord avec ce ton.”

Si besoin, la même phrase est répétée, calmement. Ainsi, le seum se transforme en cadre.

4) Consolider après coup

Après l’action, le mental rejoue la scène. C’est normal. Cependant, à un moment, il est nécessaire de clôturer, de tourner la page.

Écrire trois lignes suffit : ce qui s’est passé, ce que j’ai fait, ce que j’apprends.

Cette trace réduit la rumination et renforce l’estime de soi Car le cerveau retient l’acte.

Sophrologie et éloge du seum : retrouver de l’espace intérieur

La sophrologie est une méthode psycho-corporelle. Elle associe respiration, détente musculaire, attention au corps et visualisation. Son intérêt, ici, est très concret. Elle aide à :

  • Repérer le moment où le seum monte.
  • Relâcher la charge physiologique, avant de parler ou de décider.

La sophrologie ne sert pas à “devenir zen à tout prix”. Mais elle permet de récupérer de la liberté de réponse.
Par ailleurs, un accompagnement peut aider à identifier ses limites, ses valeurs et ses automatismes.

On gagne en précision, en stabilité. Et la relation aux autres devient moins explosive.

Erreurs fréquentes : quand l’éloge du seum se retourne contre vous

Première erreur : moraliser. Se traiter de “trop sensible”, de “pas mature”, ou de “relou”. Une émotion n’est pas une faute.

Ensuite, la nourrir. Relire le message. Refaire le film. Collectionner les preuves. Cela épuise, même si cela semble “préparer”.

Troisième erreur : passer directement à l’attaque. Le soulagement est immédiat. Cependant, le coût relationnel est souvent élevé.

Dès lors, le seul schéma utile reste simple.

  • Reconnaître.
  • Redescendre.
  • Formuler.
  • Consolider.

Si l’émotion déborde souvent, ou si elle réactive des blessures anciennes, un accompagnement psychologique ou psycho-corporel offre un cadre sûr. Ce cadre protège. Il évite de durcir. Il aide à transformer.

Conclusion : un éloge du seum qui rend le bien-être plus vrai

Faire l’éloge du seum ne glorifie pas la mauvaise humeur. Il réhabilite une émotion utile, quand elle est comprise.
Ainsi, le seum devient une boussole. Il pointe une limite, une valeur, une injustice.

La tyrannie du bien-être voudrait le faire taire. Pourtant, se taire coûte cher. Au corps, au moral mais aussi aux relations.

C’est pourquoi l’objectif est simple. Transformer le seum en action juste, puis revenir à l’apaisement.

Le bien-être redevient alors un espace vivant, pas une obligation.

Bibliographie

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