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Harcèlement au travail machine à broyerSi le harcèlement sexuel et l’égalité homme/femme ont occupé, à juste titre, le centre de la scène médiatique ces dernières semaines, il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres formes de harcèlement tout aussi pernicieuses.

En 2003, une étude de la DARES montrait que 16% des salariés se disaient victimes de harcèlement.

Ce chiffre est passé à plus de 20% en 2012 et l’on attend avec impatience et effroi les prochains chiffres.

Mais qu’est-ce que le harcèlement au travail ? Pourquoi cela fonctionne ? Comment faire pour y survivre ?

Typologies du harcèlement

En premier lieu, je vous propose de balayer rapidement les différents types de harcèlements au travail et leurs causes.

Toutefois, pour éviter toute interprétation et tenter de rester dans une neutralité nécessaire, j’adopterai le point de vue de la justice. C’est pourquoi je me concentrerais uniquement sur les différentes formes de harcèlement reconnues par la justice.

Enfin, je ne reviendrais pas sur le sujet du harcèlement sexuel. En effet, d’une part ce sujet dépasse très largement le simple cadre du travail. D’autre part, je pense qu’il a été débattu et expliqué bien mieux que je ne pourrais le faire ici.

Ces avertissements donnés, rentrons dans le vif du sujet. La jurisprudence reconnaît aujourd’hui 3 types de harcèlement. Je vous renvoie à l’excellent document publié par le site Souffrance et Travail, dont voici un extrait :

Le harcèlement individuel

Il est pratiqué par une personnalité obsessionnelle perverse narcissique ou porteuse d’une pathologie du caractère.Il est intentionnel, vise à humilier, à détruire l’autre et à valoriser son pouvoir social ou personnel. L’instrumentalisation des individus et des instances par ces personnalités retarde ou rend impossible la reconnaissance des agissements délictueux, tant leurs procédés peuvent être hostiles, subtils et redoutablement efficaces, surtout face à des individus fortement investis dans leur métier.

Le harcèlement institutionnel

Il peut prendre 3 formes :

  • Pratiques managériales délibérées impliquant la désorganisation du lien social touchant l’ensemble du personnel, portant atteinte à la dignité des personnes et qui ont pour effet de dégrader les conditions de travail (management par le stress, par la peur) ;
  • Harcèlement stratégique qui vise à exclure les personnels dont l’âge, l’état de santé, le niveau de formation, ne correspondent plus aux nécessités de service et à leurs missions d’intérêt général ;
  • Absence d’intentionnalité dans les méthodes de management qui favorisent toutefois les conflits et le harcèlement moral. Il y a harcèlement institutionnel non seulement lorsque le management est volontairement impliqué dans le processus de harcèlement, mais aussi lorsqu’il ne l’est qu’involontairement. Cette position rejoint en définitive la définition légale qui qualifie de harcèlement moral les agissements qui ont pour objet une atteinte à la dignité de la personne et une dégradation des conditions de travail, et aussi ceux qui ont pour effet une atteinte à la dignité de la personne et une dégradation des conditions de travail.

Le harcèlement transversal ou horizontal

Il s’exerce entre personnels, sans rapport hiérarchique. Il relève d’une dynamique collective où se déploient des comportements contraires aux droits fondamentaux de la personne humaine dans une relation de travail. Dans cette situation, l’individu ou le groupe harcelé devient le bouc émissaire. Ces personnes vont alors porter la responsabilité des situations de souffrance au travail ou des dysfonctionnements organisationnels.

Pourquoi cela fonctionne ?

Dans ces conditions, à la lecture de ces descriptifs, nous pouvons nous poser une question toute simple : pourquoi ça marche ? Effectivement, comment peut-on supporter ce harcèlement au travail sans se révolter ? Qu’est-ce qui nous freine dans le fait de remettre le harceleur à sa place ?

La réponse à cela est double :

  • La notion de pouvoir
  • La conception, la vision de nos besoins et priorités.

Notion de pouvoir

Dans le domaine des relations au travail, il existe 5 types de pouvoirs:

  1. Le pouvoir formel : le simple fait de nous désigner notre chef, nous l’acceptons comme tel. C’est un pouvoir socialement ancré. Rentrer dans le monde du travail nous oblige à l’accepter tacitement.
  2. Le pouvoir de récompense et son opposé le pouvoir coercitif. C’est le pouvoir qu’a notre chef de nous récompenser, par la parole ou les actes (promotion, augmentation…), ou à l’opposé de nous punir par les mêmes moyens.
  3. Le pouvoir de l’expertise : nous reconnaissons celles et ceux qui ont fait leurs preuves. Ceux qui ont le savoir, le savoir-faire ou le savoir-être. Nous leur faisons une (trop?) absolue confiance.
  4. Le pouvoir de référence : issu uniquement de la réputation et de la rumeur. S’il n’est pas bâti sur l’expertise, il est très fragile.

Ainsi, le harcèlement au travail utilise toujours le pouvoir formel et abuse des pouvoirs de récompense ou de sanction pour diviser, isoler et marginaliser.

Pourtant, quelle est l’existence réelle de ce pouvoir ?

En fait, il n’a que la valeur qu’on lui donne ! Et c’est là qu’intervient le second facteur : notre vision de vie, ce que nous avons choisi comme essentiel.

La vision de nos besoins et priorités

Effectivement, tout au long de notre vie, nous avons reçu des valeurs, des enseignements, des messages contraignants ou non… Bref une énorme quantité d’informations qui nous ont servis à nous construire.

De surcroît, il nous faut classer et prioriser ces éléments. Et, bien souvent, face au harcèlement, nous nous retrouvons à faire la balance entre, d’une part, la nécessité de travailler pour subvenir à nos besoins, conserver une image sociale et donner un sens à notre vie. Et, d’autre part, le respect de nos valeurs fondamentales, l’image que nous avons de nous-mêmes et de nos actes… et notre santé.

Nous sommes pris en tenaille entre ces éléments et toutes les conséquences qui en découlent, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive du jeu de dupe.

Toutefois, il faut prendre garde à ne pas tomber dans la facilité. On pourrait croire que le problème réside dans le fait que préserver les uns détruit les autres. C’est faux !

En effet, quel sens peut prendre la vie si aller travailler devient un calvaire et nous mène au burn-out ? Pouvons-nous réussir à maintenir cette image sociale qui nous paraît si importante quand on a perdu toute estime de soi ? Nos besoins matériels sont-ils aussi importants ? Ne peut-on vivre aussi bien avec moins ? Sommes-nous prêts à faire passer le matériel devant nos valeurs de vie ?

Sortir les doigts du broyeur

Alors, bien entendu, il n’est pas question de se lancer dans une nouvelle révolution. Je ne vous proposerai pas non plus une nouvelle forme de société idéalisée.

Non, je vous propose simplement de prendre le temps de réfléchir à ce qui est réellement important pour vous. À ce que sont vos véritables priorités, vos valeurs, à ce qui vous rend heureux et vous donne envie de vivre !

Ensuite, prenez le temps de réfléchir à la réalité de vos peurs. Quel est le pouvoir réel de chef ?

Et si cet épisode de harcèlement au travail était l’occasion pour vous de reprendre votre vie en main, de quitter votre zone de confort qui est devenue zone d’inconfort !

Le bonheur n’est peut-être pas si difficile à vivre quand on y regarde de plus près. La véritable difficulté est peut-être d’apprendre à voir les choses autrement. À s’affranchir des archétypes culturels qui s’imposent à nous. Ces tortionnaires n’ont que le pouvoir qu’on leur donne.

Il suffit parfois, comme avec le magicien d’Oz, de lever le rideau pour se rendre compte de l’imposture.