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Vacances : pourquoi certains ont tant de mal à décrocher

vacances décrocherLes arrivent… et cette année encore certains d’entre nous auront du mal à rompre avec le quotidien.

Pour certains, partir sans son ordinateur portable ou sa tablette, sans son téléphone, relève de l’inconcevable. En effet, pour eux, couper le lien, décrocher relève de la mission impossible.

Vous pensez certainement que cela ne concerne qu’une minorité de personnes ?

93% des cadres et dirigeant consultaient leurs emails durant leurs congés (1), et ce phénomène ne fait qu’amplifier. Il touche toutes les couches de la société.

Nous vivons dans un monde hyper connecté. Or, même si ce n’est pas une nécessité physique absolue, nous avons besoin de vacances et de déconnexion.

Vacances et culpabilité

D’abord, pour bien comprendre ce phénomène, je vous propose de revenir quelques instants sur l’origine même du mot “vacances”.

Ce mot nous vient du latin “vacans”, participe passé du verbe “vacare” qui a pour sens : être libre, inoccupé, oisif, vacant (par exemple une place, une maison…).

Ainsi, un vacancier désigne le vacant estival, celui qui n’a rien à faire, qui ne travaille pas… et c’est là que le problème commence.

“C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; […] Et l’Éternel Dieu le chassa du jardin d’Éden, pour qu’il cultivât la terre, d’où il avait été pris.”  – Genèse, III, 17-23

En effet, depuis l’antiquité le travail est une obligation profondément ancrée dans notre culture. Les vacances telles que nous les connaissons n’ont été généralisées par le Front Populaire qu’en 1936. Soit il y a moins de 100 ans !

Remplir le vide

Pour ces raisons, l’oisiveté est encore ancrée au fond de nos esprits soit comme une faute morale, soit comme une tolérance, une pause précaire au milieu d’une vie de travail.

Dans le premier cas, il faut remplir ce vide pour éviter le sentiment de culpabilité qu’il pourrait provoquer. Dans le second, nous sommes réticents à utiliser notre droit à ne rien faire.

En effet, soit nous nous sentons redevables vis à avis de notre entreprise (ou de nos salariés), soit nous avons peur de manquer quelque chose, de rater une opportunité. Nous nous sentons l’obligation d’être présent.

En conséquence de quoi, toutes les stratégies sont bonnes pour remplir ce vide ou atténuer ce sentiment de manquer à son devoir.

Certains vont enchaîner les activités culturelles ou sportives. D’autres vont organiser leurs vacances comme de véritables expéditions : tout est planifié, organisé, chronométré.

Ainsi l’on crée le mouvement, l’action qui empêche de penser au vide. Se surcharger, alors que nous sommes sensés nous reposer, donne l’illusion de vivre des “vacances utiles” ou , comble de l’oxymore, des “vacances rentables”.

Vacances connectées

En premier lieu, ordinateurs, tablettes et smartphones participent donc à la tentative d’atténuer le sentiment de culpabilité ou le vide des vacances.

Mais parfois les choses vont beaucoup plus loin. Au lieu de vivre et de profiter de l’instant, le vacancier finit par vivre au travers de son . Il photographie et filme, non pour conserver en mémoire et se souvenir de ces moments agréables, mais pour diffuser.

Peu importe qui regarde ou même qui commente. L’important devient de mettre en scène ses vacances, de donner une apparence, une illusion.

Il suffit de voir le nombre de photos de pieds au bord de la mer ou de la piscine. Le smartphone devient l’outil qui permet de se mettre en scène.

Dans un premier temps, il permet de passer un message comme : “Regardez, je décroche, je suis super zen…”.  Pourtant, si l’on prend un peu de recul, cela dit aussi  “…tellement zen que je n’arrive pas à décrocher de mon smartphone tellement j’ai peur de passer pour un oisif”.

Se ressourcer.

En guise de conclusion, je voulais vous préciser 2 ou 3 petites choses sur les vacances :

  • Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les vacances sous la forme d’une période de repos total ne sont pas une nécessité physiologique. Ce qui est important, c’est le temps de repos. Il est parfois plus efficace de le prendre de façon régulière tout au long de l’année, que de tout couper pendant 2, 3 semaines ou plus encore.
  • Partir de chez soi et voyager n’est pas non plus une nécessité. Certaines personnes en ont besoin, d’autres sont tellement bien dans leur environnement qu’elles n’éprouvent pas le besoin de changer. L’expression “partir en vacances » nous renvoie au voyage grâce à la publicité et au marketing.

Pour terminer, je vous propose un livre qui comblera ce vide de vos vacances : “Dans les forêts de Sibérie“, de Sylvain Tesson (Poche ou Kindle).

Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence.
Et si la liberté consistait à posséder le temps?
Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Références

(1) : Étude Les cadres français sont ultra connectés, Roambi et Zebas Smart data, 2013

By | 2017-07-10T07:14:08+00:00 10/07/2017|Entreprise, Lâcher-prise, Stress|

Un commentaire

  1. Brigitte Dubos-Battistelli
    Brigitte Dubos-Battistelli 10 juillet 2017 à 11 h 17 min

    Bonjour Sabine. Je suis en train de terminer ma formation à l’ISP (institut de Sophrologie de Paris). Je tiens à vous remercier pour tous vos articles, vos posts, vos interventions. Elles m’aident à réfléchir, à comprendre certains points de vue. J’adore votre pragmatisme. J’ai tjrs bcp de plaisir à vous lire. Merci

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