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Le temps qui passe Le temps passe inexorablement… tic-tac, tic-tac fait la pendule de notre vie.

Comme le lapin blanc d’Alice nous courrons toujours, en retard, en retard… pas le temps de dire au revoir.

Pour Baudelaire, le temps est un joueur avide, qui gagne sans tricher, à tout coup ! C’est la loi.

Et pourtant ! N’est-il pas possible de stopper cet insatiable monstre ?

Je vous propose une petite réflexion estivale en deux épisodes sur le stress du temps qui passe.

Le temps qui quantifie nos actions

Le temps est omniprésent dans nos vies. Son influence ne se limite pas aux heures qui passent, loin de là !

Cette mesure du temps que sont les heures est aussi la mesure de nos vies : je dois être ici ou là à telle heure ! Je suis en retard à mon rendez-vous…

De là découle également la notion d’urgence. En effet, quand le nombre de choses à faire ne rentre plus dans le temps de la journée, nous créons des hiérarchies.

Pourtant, le plus souvent ces urgences nous sont imposées. Quand elles ne sont pas simplement imaginées…

La vie professionnelle

Le milieu professionnel est particulièrement propice à création de phénomènes qui influencent le temps.

En premier lieu, on peut citer les outils qui développent la vitesse, l’accélération du travail. Produire, répondre, agir, penser, tout doit aller vite, toujours plus vite.

Dans ces conditions, nous compressons le temps. Nous réduisons le temps que l’on accorde à chacune de nos actions au strict minium.

Dans ces conditions, nous passons en pilote automatique. Le temps de la réflexion laisse place à la simple répétition de schémas. Le sens disparaît au profit de la vitesse.

Dans un autre ordre d’idée, combien d’entre nous se sont, un jour senti(e)s « obligé(e)s » à rester tard, à prendre du travail à la maison, répondre à ses mails ou appels durant les vacances ?

Nous inventons toujours de bonnes raisons pour justifier ces urgences qui n’en sont pas : on débute, il faut faire sa place, la concurrence, etc. Mais ‘est-ce pas là l’effet de ces messages du type « dépêche-toi » ou « fais plaisir » qui nous sont inculqués dès notre enfance ?

Le temps de la vie privée

La vie privée n’est pas en reste. Pris par le travail, nous courrons après le temps pour construire et vivre nos vies privées.

Ce phénomène est particulièrement marqué chez les femmes. En effet, la plupart d’entre nous ont une vie professionnelle, comme les hommes… mais aussi une vie familiale.

Même si les choses évoluent de plus en plus, les femmes sont souvent en charge du foyer, des enfants. Nous sommes sous la pression permanente des multiples tâches qui s’accumulent.

Être femme, mère, épouse et maîtresse de maison finit souvent par provoquer un stress, une course permanente après le temps.

Une course pour répondre aux attentes des autres, mais rarement aux siennes. Quelle place nous reste-t-il dans cette course ? Quel est l’impact sur notre moral de ces échecs à répétition dans cette course truquée ?

Premières réflexions

À l’issue de ces quelques lignes, une première question se pose : sommes-nous réellement maîtres de notre temps ?

En effet, même si nous pensons le maîtriser par la planification et l’organisation ou toute autre astuce pour gagner du temps, n’est-ce pas un leurre ? Ces outils ne sont-ils pas aussi une façon de nous appliquer une pression supplémentaire ?

dans ces conditions, se pose la seconde question de savoir qui le dirige, qui impose le rythme, l’urgence ou la vitesse de nos vies. De même, on peut s’interroger sur la façon de trouver son rythme ? Enfin, en quoi la sophrologie, la méditation ou toute autre technique peuvent vous y aider ?

Sur cette dernière question,je vous avais déjà apporté quelques pistes complémentaires. Nous avions également fait la différence entre paresse, lenteur et trouver son rythme.

Je vous laisse réfléchir à ces questions, et à toutes celles laissées en suspend dans cet article, en attendant le second volet. Nous y parlerons de l’influence des cycles du temps et de la pression sociale du temps sur notre vie.

 

L’horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! »
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

Charles Baudelaire – Les fleurs du mal

Illustration : ©Jean Pierre FLEAU