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je pense trop

Je pense trop, je n’arrive pas à canaliser tout ce que j’ai dans la tête, je ne sais plus où donner de la tête, je n’arrive plus à faire face !

J’ai été interpellée par cet article de l’express, car, comme beaucoup, j’ai connu cette situation où nous avons tellement de choses qui se bousculent dans nos têtes que l’on finit immanquablement par faire ce constat :  je pense trop et cela me bloque totalement.

L’auteur fait un panorama assez exhaustif des différentes situations et surtouts des mécanismes qui sont à l’origine de cette situation parfois très difficile à vivre.

« J’aurais pu… », « Dans un sens…, mais dans l’autre… « . En cogitation permanente, vous avez l’art de vous compliquer la vie, certain(e) que le pire s’annonce ou est déjà arrivé.

« Tu ne te rends pas compte! Moi, ce que je vis au bureau, c’est différent ! ». C’est souvent ainsi que l’individu qui se torture les méninges, apostrophe son entourage. On dit de lui qu’il « coupe les cheveux en quatre », « voit midi à 14 heures » ou se fait « des noeuds au cerveau ». Il est une victime de l’overthinking ou rumination mentale. Un mal qui toucherait 63% des jeunes adultes et 52% des quadras selon les travaux du professeur de psychologie américain Susan Nolen-Hoeksema. Les overthinkers se plaignent beaucoup, re-tricotent des idées éparses, brassant le passé et le présent, doutes intimes et angoisses. Jusqu’au-boutistes, crispés sur des détails, ils peinent à nuancer, à renoncer à leurs exigences…

Article de Marie-Madeleine Sève, publié  sur le site de l’Express L’Entreprise le 16

Profils

Le syndrome du « je pense trop » toucherait donc 63% des jeunes adultes et 52% des quadras. Je trouve ces chiffres encourageants et j’en fais une lecture optimiste : plus on vieillit, moins on rencontre cette situation ! Même si cela reste scientifiquement à démontrer… mais je suis optimiste.

Est-ce l’âge, ou plutôt l’expérience, ou encore le recul qu’il apporte ? L’expérience de la vie fait-elle que l’on pense différemment ? C’est peut-être l’une des pistes. En tout cas, elle est concordante avec les différents profils identifiés :

  • Le perfectionniste : jamais satisfait de son (hypothétique) résultat, il ne s’arrête jamais de penser à de nouvelles solutions, toutes plus complexes les unes que les autres… mais sans jamais passer à l’étape de la réalisation et donc de la validation.
  • L’idéaliste : comme le perfectionniste, il est à la recherche d’un idéal inatteignable, mais, là où le perfectionniste cherche toujours mieux, l’idéaliste hésite, il est incapable de prendre la moindre décision. Les nouvelles solutions ne sont que des échappatoires.
  • L’interprète : pour lui, tout est sujet à analyse et interprétation. Toujours à se poser la question de savoir comment son action sera perçue et comprise, ou à se demander quel est le sens réel (ou caché) de telle ou telle parole.

À la source du problème

Ce type de situation, et les profils types qui en sortent sont le fruit de plusieurs facteurs déjà abordés dans les articles de ces derniers mois. Le premier de ces facteurs est celui des injonctions et de leurs conséquences : de l’image de soi que l’on souhaite retourner.

Bien souvent, nous passons une grande partie de notre vie à répondre aux injonctions et à tenter de satisfaire nos parents, nos chefs, et tous ceux qui nous entourent. Poussés à l’extrême, tous ces messages « soi fort », « tu peux faire mieux », « ne me déçoit pas » finissent par créer une situation de confusion.

Nous ne savons plus où nous arrêter pour être à la hauteur de ce que nous imaginons que l’on attend de nous. Nous souhaitons tellement répondre de façon conforme que les choses ne sont jamais assez bien.

Ce besoin de satisfaire ce que nous pensons que l’on attend de nous plutôt que le niveau d’exigence que nous nous sommes fixé peut également nous faire perdre confiance en nous. Nous sous-estimons nos capacités.

Cette confiance en soi est d’autant plus fragile que le message « fait des efforts » est ambigu. D’un côté, il peut signifier « C’est bien, mais je sais que tu peux encore mieux faire, tu en as les capacités » et de l’autre être interprété comme « Il faut que tu y arrives, tu n’es pas au niveau ».

Mais les injonctions n’auraient pas autant de force si notre société se donnait le droit à l’erreur. À titre personnel, je pense que l’erreur fait partie du processus d’apprentissage. Mieux, c’est par elle que nous progressons.

Malheureusement, dans notre société occidentale, où tout est basé sur la performance et la réussite, l’erreur et l’échec ont des connotations très négatives et celui qui échoue est souvent montré du doigt. De fait, notre cerveau a rapidement découvert que le meilleur moyen de ne pas échouer… était de ne rien faire, de ne jamais passer à l’acte pour ne pas prendre le risque d’échouer.

Je pense et j’agis

Pour stopper ce phénomène du « je pense trop », il nous faut donc apprendre, une fois de plus à lâcher prise, à prendre de la distance avec tous ces petits messages qui nous prédisposent à cette situation.

Il faut se fixer ses propres objectifs et ses limites. Il faut accepter le fait que l’on ne puisse satisfaire tout le monde sans s’y perdre soi-même.

Enfin, il faut apprendre à s’autoriser les choses, à accepter la possibilité de l’erreur et le fait que seul le fait d’essayer nous permettra de savoir ce qu’il en est réellement.