
Les pensées catastrophiques ont quelque chose de déroutant : vous pouvez savoir que vous êtes en train d’imaginer le pire et continuer à y croire. Vous connaissez les explications raisonnables. Vous pourriez même les donner à une amie. Mais lorsqu’il s’agit de votre enfant ou de votre avenir, elles ne suffisent plus à vous rassurer.
Prenons ce message que votre enfant devait envoyer en arrivant. Vous attendez, puis vous appelez. Aucune réponse. Il oublie régulièrement son téléphone au fond de son sac, mais vous pensez cette fois à un accident. Vous restez à surveiller l’écran, incapable de vous intéresser à autre chose.
À quoi vous sert ce scénario ? Sur le moment, vous avez peut-être l’impression de vous préparer. Comme si avoir envisagé la mauvaise nouvelle pouvait vous protéger un peu de ce qu’elle vous ferait.
Les pensées catastrophiques : une préparation sans fin
Anticiper permet de prendre des précautions. Avant un trajet, vous vérifiez l’itinéraire et prévoyez une marge. Vous avez répondu à un problème précis, puis vous passez à autre chose.
Avec les pensées catastrophiques, chaque réponse peut ouvrir une nouvelle inquiétude. Votre enfant a oublié son téléphone ? Oui, mais quelqu’un aurait pu vous prévenir s’il avait eu un problème. À moins que personne n’ait votre numéro…
Vous cherchez de quoi vous rassurer, puis vous cherchez ce qui pourrait contredire cette explication. Pendant ce temps, vous n’avez rien appris de plus sur la situation.
Le mot « préparation » devient alors trompeur. À force de passer en revue les catastrophes possibles, vous consacrez toute votre attention à des événements dont vous ne savez toujours pas s’ils ont eu lieu.
« Mais cela pourrait vraiment arriver ! »
« Vous verrez, tout ira bien. » Vous pourriez répondre : « Qu’est-ce que vous en savez ? ».
Cependant, reconnaître cette possibilité ne nous dit pas quelle place lui donner parmi les autres explications. Un téléphone silencieux peut être déchargé ou simplement hors de portée. Pourquoi l’accident devrait-il devenir l’explication retenue ?
Parce que vous avez peur, il paraît parfois plus crédible. Vous commencez déjà à imaginer les urgences et les personnes à appeler. Ce scénario prend de la consistance, tandis que l’oubli du téléphone semble presque trop simple.
Votre peur est bien réelle. En revanche, ce qu’elle vous raconte sur l’avenir ne l’est pas nécessairement.
Vous demander de penser positivement ne résout guère cette difficulté. Vous avez surtout besoin de repérer ce qui vous a fait passer de « je n’ai pas de nouvelles » à « il lui est arrivé quelque chose ».
Jusqu’où les faits vous permettent-ils d’aller ?
Je vous propose d’essayer avec une autre situation. Votre responsable souhaite vous voir demain. Vous repensez au dossier rendu en retard et vous vous voyez déjà annoncer votre licenciement à votre conjoint.
Si vous deviez raconter uniquement ce qui s’est passé, que resterait-il ? Une demande d’entretien et un dossier en retard. Rien ne vous indique encore que les deux sont liés.
Vous pouvez préparer les éléments du dossier. Quant au motif du rendez-vous, vous ne le connaissez pas. Écrire séparément ces informations et vos suppositions, comme le proposent les colonnes de Beck, permet de regarder comment vous êtes arrivée à cette conclusion.
L’exercice n’oblige pas à trouver une explication rassurante. Vous pouvez simplement constater : « J’ai pensé au licenciement, mais je ne sais pas encore pourquoi il veut me voir. »
Comprendre ne suffit pas toujours à décrocher
Vous avez fait la différence entre les faits et vos suppositions. Pourtant, votre main revient vers le téléphone. Reprendre toute la démonstration risque surtout de vous ramener aux mêmes questions.
Je vous propose alors de passer par les sensations, parce qu’elles donnent à votre attention quelque chose à observer sans devoir résoudre la question en suspens. Assise, sentez vos pieds au sol et le contact du dossier. Vous pouvez garder les yeux ouverts. Observez vos mains et, si elles sont serrées, essayez de desserrer les doigts.
La sophrologie permet de travailler cette façon de revenir à ce que l’on perçoit. Choisissez un contact facile à sentir, sans vous imposer de vous détendre. Si l’attention repart vers le téléphone, vous pouvez revenir à cet appui, puis observer ce qui se passe pour vous.
Peut-être trouverez-vous cela utile, peut-être aurez-vous besoin d’être guidée autrement. Lorsque l’inquiétude perturbe durablement votre quotidien, en parler à votre médecin permet aussi d’envisager un accompagnement adapté.
Attendre reste difficile. Vous pouvez commencer par essayer quelques instants, sans faire du calme une nouvelle obligation.
Bibliographie
- Assurance Maladie — Symptômes et diagnostic des troubles anxieux.
- Jean-Luc Ducher — Vaincre son anxiété par soi-même, Éditions Odile Jacob.
- Christophe André — Psychologie de la peur – Craintes, angoisses et phobies, Éditions Odile Jacob.
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