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Les deux faces de la honte et leurs ressources insoupçonnées

Des deux faces de la honte, nous ne connaissons souvent que la plus sombre.

Pourtant, il en existe une autre, moins connue, moins explorée, mais qui offre des ressources insoupçonnées.

En effet, la honte, sentiment complexe et ambivalent, peut vous paralyser comme il peut devenir un moteur puissant.

Dans ce second volet, je vous propose donc de faire un rapide tour des deux faces de la honte.

Retour sur l’essentiel

Avant d’aborder les deux faces de la honte et les ressources qu’elle peut offrir, il me semble important d’en rappeler les caractéristiques essentielles.

La première est que la honte mélange des émotions simples (peur, colère, tristesse) et des sentiments (impuissance, rage retenue, désespoir triste, vide…).

Ensuite, il faut se rappeler qu’elle s’exprime au travers de réactions typiques :

  • Émotionnelles : gêne, malaise, peur… ou à l’inverse exubérance et agressivité.
  • Corporelles : yeux baissés, tête basse, rougissement… ou à l’inverse tête haute, regards de défis, position de défense.
  • Cognitives : discours interne dévalorisant, de soumission… ou à l’inverse incisif et vindicatif.
  • Comportementales : inhibition, paralysie… ou à l’inverse ambition et exhibitionnisme. Nous reviendrons sur ce point plus tard.

Par ailleurs, et ce sera le sujet essentiel de cet article, la honte a une dimension sociale. Elle peut provoquer une blessure de l’estime de soi quand elle prend un caractère répétitif ou permanent.

L’ensemble des caractéristiques et dimensions de la honte ont été détaillées au fil de notre article précédent. Je vous invite à vous y reporter pour plus de détails.

Les deux faces de la honte

Dans notre article précédent, nous avons vu que la honte pouvait provoquer des réactions antagoniques.

D’une part, les réactions basées sur la dévalorisation de soi, de son image. Elles se basent sur des comportements autodestructeurs, caractéristique principale de la face sombre.

À l’opposé, la honte peut également devenir un déclencheur et une source d’énergie. Elle devient le point de départ d’une reconquête de soi, de son image. Formant ainsi la face lumineuse, mais trop souvent ignorée de la honte.

Dans l’article précédent, nous avons vu le caractère social de la honte. Elle ne se ressent et ne s’exprime que dans une relation à l’autre. Elle est dépendante du cadre dans lequel on évolue. Le plus souvent, la honte naît d’une autocomparaison et de l’interprétation supposée que nous faisons d’une situation.

La face sombre de la honte

Cependant, il est des situations où l’autocomparaison n’a plus cours. La face sombre de la honte apparaît avec l’excès de honte. Elle naît de la répétition des humiliations, du mépris, des moqueries, de l’illégitimité, des secrets, de la régression sociale, de la rivalité, du mensonge.

Aujourd’hui, l’utilisation massive des réseaux sociaux amplifie ce phénomène. La démultiplication des messages accélère le processus en poussant les individus vers le bas. La face sombre s’apparente alors à une forme de soumission au groupe.

Soumission qui peut être obtenue de deux façons :

  • Par un flot de messages dévalorisants destinés à briser l’ego et à créer un déficit narcissique.
  • En mettant en avant l’ego surdimensionné et les excès narcissiques d’un pseudo leader. Créant ainsi une sorte de pensée unique qui s’oppose et renie toute pensée contradictoire. Ceux qui la subissent, qui en sont prisonniers, se retrouvent donc prisonniers de leur dépendance affective, de leur besoin d’exister qui sein d’un groupe… et leur sentiment de culpabilité.

La honte qui naît de ce type de situation se traduit souvent sous la forme de troubles de la personnalité. Quand elle devient excessive, elle amène a des conduites d’évitement, de phobie sociale, d’anxiété liée à un sentiment d’insécurité permanente. Dans les cas les plus graves, les comportements autodestructeurs qu’elle engendre peuvent aller jusqu’à des actes d’automutilation ou même de suicide.

N’ignorez pas la honte. Ne la prenez pas à la légère, surtout chez les adolescents. Quand ce sentiment est profondément ancré, il est essentiel de consulter un professionnel de santé. Votre sophrologue n’est pas un professionnel de santé. Seuls des professionnels de santé, comme les psychiatres ou les psychologues, sont habilités à vous accompagner sur ce type de pathologie.

L’autre face de la honte

Parler d’un bon côté de la honte peut paraître incongru au regard de la souffrance qu’elle évoque trop souvent. Pourtant, cette face cachée existe.

Rassurez-vous, je n’aborderai pas le sujet polémique de l’utilisation du système honte/récompense dans l’éducation. S’agissant du milieu scolaire, je ne dispose ni de l’expérience ni du savoir pour me positionner sur le sujet. D’autres sont bien mieux placés pour le faire.

Changer de point de vue sur la honte

Alors, de quoi parlons-nous ? Pour comprendre l’existence de la face positive de la honte, essayons d’adopter un autre point de vue.

« On n’éprouve jamais de la honte seul face à soi-même. La honte est un sentiment qui est toujours vécu « devant » les autres et « par rapport » à leur jugement. La honte est composée d’une réaction d’humiliation devant le jugement de l’autre et du jugement négatif qu’on porte soi-même sur cet aspect. Elle permet de constater que nous n’assumons pas ce qui nous fait honte. Elle permet aussi d’identifier le jugement que nous portons nous-mêmes sur le sujet. (C’est justement ce jugement qui rend difficile de l’assumer). Enfin, elle nous informe de l’importance des personnes devant lesquelles nous vivons cette honte. »

Michelle Larivey – La puissance des émotions

La honte n’est donc pas une réaction émotionnelle au jugement de l’autre, mais à ce que l’on imagine du jugement de l’autre, sans aller vérifier ce jugement. Si vous êtes A et que B est la personne en face de vous alors : ce n’est pas B qui juge A, mais A qui pense que B juge A.

De fait, il est tout à fait possible pour A de ressentir la honte sans que B n’ait conscience de la situation. B peut très bien ne jamais rien percevoir, dire, ni même comprendre le sentiment qui envahit A.

La honte est un sentiment comme les autres

La honte est un sentiment comme les autres. Elle fait partie de nous, de ce qui nous construit. Le tout est de savoir utiliser la ressource insoupçonnée de cette face positive.

Bien entendu, il n’est pas question de « simplement » apprendre à la reconnaître et à l’accepter. Non, cela finirait immanquablement par nous ramener vers la face obscure.

Au contraire, le sentiment de honte doit nous interroger. Pourquoi le ressentons-nous ? Est-elle justifiée par nos actes ou imposée par un dictat extérieur ?

Il faut prendre conscience que ressentir la honte nous informe sur notre valeur et notre place d’humain dans la communauté des humains. Elle renvoie à la dignité, à l’identité et à la justesse relationnelle de chacun dans la communauté humaine.

En conclusion, ne vous arrêtez pas à la seule face sombre de la honte. Le premier pas est d’apprendre à l’assumer. Ensuite, il vous sera possible de l’analyser, la comprendre, d’en identifier la cause, la source et les mécanismes. C’est le meilleur moyen, non pas de la combattre, mais de l’utiliser pour se construire et grandir.


Quelques livres pour approfondir le sujet :