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Éloge de la siesteLa sieste, vous n’y pensez pas, je ne suis plus un enfant ! Au travail ? Et puis quoi encore !

Mis à part au sein de quelques trop rares professions dans lesquelles un manque de vigilance peut accroître les risques d’accidents, la sieste est assez mal vue en France.

Céder ouvertement à ce réflexe naturel a souvent pour conséquence de nous classer parmi les flemmards.

Pourtant, non seulement le besoin de dormir entre 14 h et 15 est naturel, mais en plus les dernières études montrent qu’une sieste de 20 min maximum suffit à récupérer.

La sieste : une nécessité

Selon Michel Tiberge, neurologue au centre du sommeil de Toulouse : « L’être humain est programmé pour s’endormir vers 14 heures. L’attention baisse, les yeux se ferment et beaucoup piquent du nez ». Si nous sommes nombreux à avoir expérimenté ces faits, il restait à en étudier les conséquences.

C’est ce que tente de faire depuis quelques années le Professeur Damien Léger, Président de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV).

De ces travaux ressortent deux effets distincts de la sieste :

  • Des effets physiologiques : il a été démontré que la sieste permet d’améliorer l’immunité et joue donc un rôle protecteur important. La sieste a également une action bénéfique sur le rythme cardiaque qu’elle améliore. Pour finir, elle soulage le mal dans le cas des douleurs chroniques.
  • Des effets sur nos capacités cognitives : la sieste renforce le processus de mémorisation, elle favorise l’attention et nos capacités de concentration, comme de réaction.

Il existe trois types de siestes:

  • La sieste flash, d’une durée de quelques secondes à moins de 10 minutes
  • La sieste classique, qui se situe entre 10 et 30 minutes
  • La sieste longue au-delà des 30 minutes.

Pour la plupart d’entre nous, une sieste classique de 20 minutes suffit à remettre notre corps et notre esprit à zéro et reprendre nos activités au mieux de notre forme. Avec un peu d’entraînement, nous pouvons apprendre la sieste flash et réduire le temps de sommeil sans en perdre les bénéfices. Je publierai un exercice de sieste flash assez rapidement.

La sieste par la pratique.

Avant d’arriver à vous endormir « à la demande », où que vous soyez et quel que soit l’environnement, il vous faudra peut-être acquérir des réflexes et habitudes.

Si certaines habitudes ont la vie dure, il est conseillé de ne pas se mettre dans le noir pour la sieste. Conserver la lumière ambiante permet de ne pas perturber votre horloge interne.

Pensez à couper vos portables et mettre vos ordinateurs ou tablettes en pause. C’est également l’occasion de constater si la moindre alerte provoque chez vous l’envie irrépressible de lire le message et d’y répondre. Dans ce cas, il est peut-être temps d’accepter votre cyber dépendance et de la soigner !

Gardez une alarme pour vous réveiller à l’issue de 20 ou 30 minutes. Par la suite, vous pourrez ajuster la durée en fonction de votre réveil naturel.

Apprenez à vous réveiller en douceur. Inspirez profondément, avec la respiration ventrale. Commencez par bouger doucement vos bras et vos jambes, avant de vous étirer. Évitez le réveil en sursaut, l’alarme devra donc être douce.

Vous remarquerez que j’ai volontairement omis de vous donner le moindre conseil pour l’endormissement. J’ai voulu garder ce sujet pour la fin. En effet, le meilleur conseil à donner tient en 2 mots : lâchez prise !

Ne cédez pas à la pression, ne culpabilisez pas ! Non, la sieste n’est pas du temps volé, non faire la sieste n’est pas réservé aux paresseux.

Si c’était le cas, j’accepterais avec plaisir de rejoindre le banc de paresseux et adeptes de la sieste qu’étaient Archimède, Isaac Newton, Victor Hugo, André Gide, Winston Churchill et bien d’autres !

Notre humour populaire aime à railler la sieste et ceux qui la pratiquent.

On continuera, longtemps sans doute, à sourire de la prétendue paresse des latins qui observent, depuis la plus haute antiquité, cette pause des débuts d’après-midi où la chaleur rend toute activité pénible.

Pourtant, comme il est maladroit de confondre sommeil et paresse !

La sieste facilite grandement la vie de ceux qui la pratiquent régulièrement, soit qu’elle les repose, tout simplement, soit encore, je peux en témoigner, qu’elle leur octroie, pour travailler, les extraordinaires créneaux d’efficacité intellectuelle de la nuit ».

Jacques Chirac – Préface de l’Éloge de la sieste de Bruno Comby

La culture de la sieste

En dépit de rapports aux ministres de la Santé et d’essais plus ou moins réussis, la sieste a encore bien du mal à s’inviter dans notre culture, comme dans nos entreprises. Nous avons un véritable blocage sur le sujet.

Il existe d’autres pays dans lesquels la sieste est, soit un patrimoine culturel, comme en Espagne ou dans de nombreux pays chauds, soit même une obligation, comme au Japon. Elle est même inscrite comme un droit (article 43) dans la Constitution de la République populaire de Chine.

Pensez-y en cédant avec volupté à la douce torpeur et aux plaisirs de l’engourdissement réparateur de votre prochaine sieste.

Oubliez les mauvaises langues : vous leur expliquerez les bienfaits de la sieste quand vous vous réveillerez au mieux de votre forme physique et intellectuelle alors qu’ils seront déjà épuisés.