Sophrologie en ligne ?

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Sophrologie en ligne ?

sophrologie en ligneLa en ligne, sous forme de vidéo, d’enregistrement ou de consultations à distance, connait une activité florissante.

Depuis l’ouverture de ce blog, je reçois régulièrement des mails de lecteurs qui, intéressés par les différentes techniques déjà présentées, me demandent s’il est possible d’aller plus loin et de mettre en ligne des séances.

Il n’est pas dans mon objectif de porter le moindre jugement sur mes collègues sophrologues qui utilisent cette technique de diffusion.

Je me suis toujours refusée à cet exercice et je crois qu’il est intéressant de partager avec vous les raisons de cette décision qui n’ont rien à voir avec un refus de la technologie.

« Sophrologie » et « en ligne » sont-ils compatibles ?

Pour moi, la première question est de savoir si les fondements mêmes de la sophrologie sont compatibles avec une « en ligne ». En effet, lors de la fondation de la sophrologie, A. Caycedo a posé 3 principes fondamentaux :

  1. Le schéma corporel comme réalité vécue.
  2. L’action positive.
  3. La réalité objective

Arrêtons-nous quelques instants sur ce dernier point pour essayer d’en comprendre la portée et le lien avec cette question fondamentale que soulève la pratique en ligne : la pratique de la sophrologie peut-elle se faire sans interactions directes ni proximité physique entre le et le sophronisant ?

Ce principe de réalité objective consiste, pour le sophrologue, à prendre en compte l’ensemble des éléments et facteurs qui pourraient influer ou perturber son travail lors d’une séance. Ces éléments peuvent être liés aussi bien au cadre, aux conditions dans lesquelles se déroule la séance, qu’à l’état d’esprit, de ou d’énervement du sophronisant, c’est-à-dire la personne qui pratique la sophrologie.

Mais la notion de réalité objective va plus loin et influe sur l’attitude même du sophrologue et sa façon de conduire la séance : elle impose au sophrologue une attitude neutre, d’écoute et d’information. Elle oblige le sophrologue à une interaction et un ajustement permanent.

Si la sophrologie en ligne, par la distance et le relatif anonymat qu’elle procure, assure une certaine objectivité et l’absence de jugement nécessaire, je ne crois pas qu’elle soit en mesure de fournir les interactions nécessaires à l’établissement de cette réalité objective. Il manque à la sophrologie en ligne tous les aspects du langage non verbal, qui représente tout de même 55% de la .

Pour moi, si l’on remplace la sophrologie en ligne par des enregistrements, le problème de la communication non verbale reste identique. Pire, dans la plus part des cas, le sophronisant se retrouve seul face à son enregistrement, il n’y a plus aucune interaction, le contenu de la séance est délivré tel que, sans adaptation aux conditions, à l’état d’esprit ou aux besoins spécifiques du sophronisant.

L’idée de la vidéoconférence peut paraître séduisante, mais j’y vois tout de même quelques inconvénients :

  1. Elle limite l’accès à celles et ceux qui disposent de connexions capables de supporter ce type d’échange. Tout le monde ne réside pas en ville et vous seriez surpris des conditions de connexion dans de nombreuses régions.
  2. Elle demande une installation parfois acrobatique pour suivre les différents mouvements d’une séance et les aléas techniques qu’elle impose ne font que perturber la séance.
  3. L’image, restreinte en taille et parfois de mauvaise qualité, n’apporte que très peu à une éventuelle interaction entre sophrologue et sophronisant.

Les programmes « tout faits », constitués d’une série de fichiers à télécharger éliminent toute la phase préliminaire durant laquelle sophrologue et sophronisant établissent une relation de confiance et bâtissent un programme en fonction des motivations et des problématiques qui apparaissent au travers de ce dialogue. La notion d’adaptabilité, induite par la réalité objective, couvre également le contenu et la forme des séances. Un enregistrement destiné au plus grand nombre ne peut s’adapter parfaitement à chacun. Se lancer dans la réalisation d’enregistrement de ce type nécessite de faire des hypothèses, des choix, et donc de décevoir.

Mais l’incapacité de la sophrologie en ligne, ou enregistrée, à réaliser cette réalité objective peut également être source d’un danger bien plus important. Comme professionnel respectant un code de déontologie, il me semble normal, et même essentiel de conseiller à certains de mes patients de s’orienter vers un thérapeute ou un médecin spécialisé. Je reconnais mes limites et sais où m’arrêter, car la sophrologie ne servirait à rien. Ce conseil, cet accompagnement, cette orientation n’existe pas, ou quasiment pas dans la sophrologie en ligne ou préenregistrée. Certains sites vous proposent bien des entretiens d’évaluation, des échanges, mais toujours à distance, sans contact direct.

Tout à jeter, rien à garder ?

Jusqu’ici, le tableau est assez sombre, il faut bien l’avouer. Faut-il abandonner l’utilisation du numérique pour autant ? Non, je ne crois pas. Mieux, si je me refuse à pratiquer la sophrologie en ligne, je propose des enregistrements de mes séances à certains de mes patients car, sous certaines conditions, car cela peut être un excellent outil si l’on en connait les limites.

La première limite que je pose est celle de la personnalisation. Les séances sont enregistrées pour une personne donnée et ne sont fournies qu’à cette personne.

La seconde limite est celle de l’expérimentation : je n’enregistre pas les premières séances. J’attends que le sophronisant acquière les principes et techniques de base. Les séances enregistrées seront là pour réactiver un vécu et guider le travail personnel, pas pour essayer de délivrer un contenu standardisé qui s’inscrit dans une démarche individuelle.

Mon approche est volontairement différente de celle qui a tendance à se développer. Je n’émets aucun jugement, je laisse à chacun le loisir d’expérimenter et de faire son choix, car la finalité  est celle du bien-être et du développement personnel du sophronisant. Sophrologie en ligne ou pas, à chacun de trouver le moyen d’y parvenir qui lui soit le plus adapté.

Des questions, des compléments ? N’hésitez pas à commenter cet article et partagez-le avec vos amis en cliquant ci-dessous :

By | 2017-02-28T11:04:27+00:00 11/06/2013|Technique|

10 Commentaires

  1. Gozard 1 décembre 2015 à 14 h 17 min

    Juste un petit commentaire,
    Si on est en ville, on peut se payer le luxe de consulter un sophrologue.
    Les séances en ligne permettent de rétablir l’égalité et permettre à des personnes isolées de consulter des professionnels formés.

    • Sabine 1 décembre 2015 à 14 h 36 min

      Bonjour,
      Malheureusement, je ne peux pas totalement souscrire à ce point de vue pour 2 raisons :
      1) je vous invite à regarder la page “Me contacter”, vous vous apercevrez que je n’habite pas en ville mais bien en campagne, entourée de champs, pour le plus grand plaisir des personnes qui me consultent. Je ne suis pas un cas isolé, nous sommes très nombreux à travers la France à être installés au sein de petits villages, parfois très éloignés des villes.
      2) où se trouve l’égalité entre une séance en face à face, où l’on peut établir une véritable relation, où l’on perçoit le ressenti et une séance par skype, dans des conditions parfois difficiles (les petits villages ayant d’excellentes connexions sont rarement isolés) ?

      Ceci étant, je reconnais tout à fait qu’il existe des cas où cette situation est toujours préférable à rien.

  2. Sabine Pernet 14 juin 2013 à 15 h 49 min

    Monsieur Ferro,

    Ce contexte de “continuité” semble rejoindre l’approche que j’ai décidé d’adopter vis-à-vis des enregistrements : un premier travail préliminaire doit obligatoirement précéder ce mode dégradé. Comme vous le citez sur votre page Facebook, ce type de technique est expérimenté dans le cadre de consultations de psychologie ou de psychothérapie, mais le contexte, le travail et les méthodes sont différentes. Faire un raccourci me semble inapproprié.

    Avez-vous lu mon article sur le geste signal (https://www.relaxationdynamique.fr/le-geste-signal-sophrologie/) ? Il devrait également vous plaire.

    Au plaisir de continuer ces échanges.

  3. SPernet 14 juin 2013 à 15 h 49 min

    Monsieur Ferro,

    Ce contexte de “continuité” semble rejoindre l’approche que j’ai décidé d’adopter vis-à-vis des enregistrements : un premier travail préliminaire doit obligatoirement précéder ce mode dégradé. Comme vous le citez sur votre page Facebook, ce type de technique est expérimenté dans le cadre de consultations de psychologie ou de psychothérapie, mais le contexte, le travail et les méthodes sont différentes. Faire un raccourci me semble inapproprié.

    Avez-vous lu mon article sur le geste signal (https://www.relaxationdynamique.fr/le-geste-signal-sophrologie/) ? Il devrait également vous plaire.

    Au plaisir de continuer ces échanges.

  4. Novantura 14 juin 2013 à 14 h 21 min

    Bonjour,

    j’ai beaucoup apprécié la lecture de cet article.

    La
    lecture corporelle et le “ce qui se passe” à proximité me semblent
    essentiels à l’élaboration de l’alliance sophronique et des rétroactions
    fines au niveau du terpnos logos. La dimension visuelle de la
    télérencontre à distance ne sont pas à mon à mon avis garant de la
    qualité de notre travail.

    Je me demande néanmoins si dans
    certains cas exceptionnels (distance, immobilité de la personne,
    continuité d’un travail avec une personne que nous avons déjà reçu) une
    intervention “dégradée” ne pourrait pas être acceptable.

    Je partage votre article ici : http://www.facebook.com/sophropedagogie

    Cordialement.

    Adrien Ferro

  5. Novantura 14 juin 2013 à 14 h 21 min

    Bonjour,

    j’ai beaucoup apprécié la lecture de cet article.

    La
    lecture corporelle et le “ce qui se passe” à proximité me semblent
    essentiels à l’élaboration de l’alliance sophronique et des rétroactions
    fines au niveau du terpnos logos. La dimension visuelle de la
    télérencontre à distance ne sont pas à mon à mon avis garant de la
    qualité de notre travail.

    Je me demande néanmoins si dans
    certains cas exceptionnels (distance, immobilité de la personne,
    continuité d’un travail avec une personne que nous avons déjà reçu) une
    intervention “dégradée” ne pourrait pas être acceptable.

    Je partage votre article ici : http://www.facebook.com/sophropedagogie

    Cordialement.

    Adrien Ferro

  6. Géraldine HAEGELI 12 juin 2013 à 10 h 59 min

    Sophrologue également, loin
    de moi l’idée de critiquer les collègues qui ont mis en place cette
    façon de travailler, mais je rejoins tout à fait les propos de cet
    article. Le travail qui se fait en sophrologie au cabinet est un travail
    de fond en face en face (individuel ou groupe). J’utilise sans complexe
    les nouvelles technologies mais je refuse de déshumaniser ce rapport
    privilégié dans la proximité. C’est autre chose d’enregistrer les
    séances de relaxation statique personnalisées pour que la personne s’en
    imprègne et poursuive chez elle ce travail sur soi. Surtout que Skype
    n’est pas toujours fluide dans son utilisation, ce qui donne des
    conversations un peu surréalistes parfois !

    • Sabine Pernet 12 juin 2013 à 11 h 38 min

      Merci pour ce commentaire Géraldine. L’aspect humain et le contact entre le sophrologue et le sophronisant sont effectivement un aspect essentiel et incontournable de la relation de confiance qui doit se nouer.

  7. Géraldine HAEGELI 12 juin 2013 à 10 h 59 min

    Sophrologue également, loin
    de moi l’idée de critiquer les collègues qui ont mis en place cette
    façon de travailler, mais je rejoins tout à fait les propos de cet
    article. Le travail qui se fait en sophrologie au cabinet est un travail
    de fond en face en face (individuel ou groupe). J’utilise sans complexe
    les nouvelles technologies mais je refuse de déshumaniser ce rapport
    privilégié dans la proximité. C’est autre chose d’enregistrer les
    séances de relaxation statique personnalisées pour que la personne s’en
    imprègne et poursuive chez elle ce travail sur soi. Surtout que Skype
    n’est pas toujours fluide dans son utilisation, ce qui donne des
    conversations un peu surréalistes parfois !

    • SPernet 12 juin 2013 à 11 h 38 min

      Merci pour ce commentaire Géraldine. L’aspect humain et le contact entre le sophrologue et le sophronisant sont effectivement un aspect essentiel et incontournable de la relation de confiance qui doit se nouer.

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