Site icon Sabine PERNET ⎮ Sophrologue Béthune – La Bassée

Situation de crise : quand notre cerveau primaire nous manipule

Situation de crise : notre cerveau primaire nous manipuleS’il est une chose que démontre la situation de crise que nous vivons, c’est que nos vieux réflexes de survie restent profondément ancrés. Malgré des milliers d’années d’évolution, notre cerveau primaire est toujours là pour reprendre les commandes.

Il nous a sauvé la vie à travers les âges. Mais ils peut aussi être retournés contre nous et devenir un formidable levier de manipulation.

S’il m’est difficile de faire abstraction de la situation actuelle, mon objectif n’est pas de porter un jugement. Dans ces conditions, je ne présente ici que des faits, neutres et avérés.

Ainsi, tous les mécanismes qui vont être décrits relèvent de la psychologie. Ils peuvent être vérifiés au travers des différents manuels et publications scientifiques disponibles.

Chacun en fera l’usage qui lui semblera bon.

Notre cerveau face à une situation de crise

En dépit des millénaires d’évolution, des multiples révolutions technologiques et du travail que chacun fait sur soi, il existe une chose qui n’a pas évolué : notre cerveau primaire.

Du reste, et aussi étrange que cela paraisse, il faut nous féliciter de cet immobilisme. En effet, c’est ce cerveau primaire qui abrite notre instinct de survie. C’est là que résident tous les réflexes qui ont permis à la race humaine de traverser les siècles et de faire face aux situations de crises.

Pourtant, si ces réflexes nous ont sauvé la vie à travers les âges, ils peuvent aussi être retournés contre nous et devenir un formidable levier de manipulation… quand le cerveau primaire ne le fait pas tout seul !

L’être humain face à la crise

En premier lieu, tentons de définir ce qu’est une crise et quels est sont les mécanismes ? Ce mot de crise est tellement utilisé que l’on finit par en perdre le sens : est-elle économique, morale, liée à l’âge ?

Au fond, c’est un peu tout à la fois, car la crise se définit comme une rupture d’équilibre. C’est-à-dire le passage d’un état stable à un état instable. Du confort de la routine et des habitudes à l’inconnu dans tout ce qu’il a de plus effrayant.

Et là, notre cerveau primaire se réveille pour assurer notre sécurité. Au XXIe siècle comme à l’époque où nous vivions dans des grottes notre instinct de survie se met en route.

Bon, le risque de se faire dévorer par un tigre à dents de sabre a très fortement diminué. Pourtant, les crises que nous traversons sont toutes aussi “inconfortables” et peuvent avoir des enjeux très forts.

De plus, l’instinct grégaire tapis dans notre cerveau primaire fait que l’on ressent le danger pour soi, mais aussi pour nos proches. On protège sa famille, sa tribu.

Les nouveaux dangers

Aujourd’hui, d’autres domaines suscitent la peur. À la survie physique s’ajoute la survie :

Pourtant, derrière le côté salutaire de cet instinct de survie se cache un travers. En effet, ce mode “survie” est basé sur le sentiment le plus archaïque : la peur.

Or, la peur nous empêche d’évaluer la situation de crise à sa juste valeur. On perd toute confiance en soi. Tout prend un enjeu énorme et cela se ressent dans la façon dont nous gérons la situation.

Hold-up émotionnel

Avant de revenir sur les biais naturels engendrés par la peur, revenons sur le déroulement du processus engendré par notre instinct primaire face à une situation de crise.

Ce processus ressemble beaucoup à la première partie du processus de changement. Mais, comme il est question de survie, le facteur temps est déterminant. Il est donc beaucoup plus court et repose sur 3 étapes :

  1. La résistance : durant cette première phase, nous refusons toute perspective de perdre le confort de l’équilibre. Nous préférons remettre en cause la réalité plutôt que de l’accepter.
  2. La résignation : ici la résignation n’est pas l’acceptation ou l’abandon. Nous réagissons au danger pour nous préserver, mais nous sommes toujours dans le refus. Nous avons le sentiment de subir. Que l’on nous impose les choses. On cherche des coupables, des boucs-émissaires.
  3. La décision : pour nous préserver et tenter de sauver notre vie, notre équilibre, notre confort, il nous faut décider quelle réaction avoir et agir, vite et fort. Il y a des milliers d’années, cela consistait à courir le plus vite et le plus loin possible. À grimper à un arbre ou à se cacher entre des rochers. Aujourd’hui, cette prise de décision peut s’avérer pire que le danger lui-même.

Quand ça déraille

La peur court-circuite notre capacité à analyser les choses. Nous oublions les visions à moyen et long terme pour nous focaliser uniquement sur l’instant. Sur l’immédiat

Et comment réagir sur l’instant à un danger inconnu ? Exactement comme nous le faisions il y a des milliards d’années : en calquant notre attitude sur celle des autres.

Ainsi, notre cerveau primaire joue son rôle en déclenchant un réflexe ancestral de sauvegarde : si les autres réagissent ainsi c’est que ça doit être la bonne façon, allons-y !

Si nous étions encore à courir la savane avec notre tribu ou même dans un monde où nous avions le temps de la réflexion et de l’analyse, ce processus millénaire serait peut-être le plus adapté pour faire face à la situation de crise.

Ainsi, nous aurions le temps d’analyser, d’étudier, de comprendre. Mais nous sommes dans une civilisation de l’instantané, de l’immédiat et surtout de la surabondance d’informations. Il devient donc facile de jouer sur ces réflexes pour nous emmener sur d’étranges chemins.

Manipulations de crise : le coup de la jupe

Imaginons maintenant que pour une raison qui m’est propre, je désire influencer notre société pour que le port de la jupe rose devienne obligatoire. Arrive un événement mondial (naturel ou provoqué, peu importe) qui bouscule l’équilibre et la stabilité de chacun, réveillant ainsi l’instinct de survie. Comment en tirer parti ?

Amplifier

D’abord, j’utiliserais les réseaux sociaux, les médias et tous les moyens à ma disposition pour amplifier le sentiment de perte et susciter la peur : rumeurs sur la perte de libertés fondamentales et individuelles, remise en cause de la véracité des faits au travers d’interprétations.

Il est important de jouer sur les peurs, mais aussi le sentiment culpabilité. Pour cela, j’utiliserais des images d’enfants, de personnes âgées. Bref, tout ce qui provoque la compassion ou peut éveiller chez nous un sentiment d’indignation et d’injustice.

Ensuite, je renforcerais le sentiment de refus en transformant des directives en contraintes subies. En accentuant le sentiment d’injustice. En désignant des coupables. Si ce sont des individus, c’est bien. Mais cela peut être aussi des groupes, des secteurs industriels.

La seule chose qui importe c’est de pouvoir les nommer. Car nommer, surtout en temps de crise, c’est donner une existence à nos peurs. Et nous savons que nous avons besoin de nous raccrocher à quelque chose à craindre ou à haïr.

Il faut garder en mémoire que les émotions sont des expériences subjectives qui incitent à agir. Ajoutez à cela que de nombreux travaux scientifiques ont montré que la peur était l’émotion la plus puissante. En l’utilisant il devient facile de lever des foules en jouant sur le sentiment de dépendance est de culpabilité.

Sauver

Pour finir, j’exploiterais les mécanismes de la décision en offrant le port de la jupe rose comme solution facile, logique et tellement évidente pour répondre à l’incertitude.

Effectivement, face à une situation de crise, notre cerveau primaire nous prépare toujours au pire, à la catastrophe. C’est son moyen de nous protéger. Pour en sortir, il nous faut réussir à quitter la vision dans l’instant pour recommencer à nous projeter sur le moyen ou le long terme.

Or prendre des décisions, se positionner sans certitudes établies est très inconfortable. D’un autre côté, ne rien faire est inacceptable puisque nous avons ressentons le sentiment de perte et en avons trouvé et nommé les causes.

En temps normal, pour effectuer cette projection sur le moyen ou long terme, notre cerveau n’a que deux solutions :

  1. Se baser sur l’expérience de la situation et les conclusions qu’il en a tiré.
  2. Se reposer sur une personne de confiance, crédible, qui apporte l’expérience et l’expertise nécessaire à établir la probabilité suffisante des faits.

L’expérience étant inexistante, en situation de crise notre cerveau primaire s’accroche donc naturellement à la première personne jugée crédible. C’est un réflexe naturel.

Aussi, si je suis capable de créer suffisamment de crédibilité, réelle ou non, autour d’une thèse. Si j’ai une cohorte de scientifiques, de sociologues et quelques philosophes pour affirmer que le port de la jupe rose est la solution pour lutter contre l’injustice qui nous est imposée et l’instabilité de cette crise, je peux créer l’adhésion.

Aucun besoin que ce soit vrai, personne ne s’en soucie. L’important est que l’on ait pas à penser et que la perspective de stabilité semble suffisamment probable pour que le cerveau puisse sortir de l’instant et se projeter sur le moyen terme.

Il suffira d’un petit coup de pouce pour que des groupes se créent sur les réseaux et entretiennent le mouvement. Une fois la solution au danger trouvée, le besoin d’action prend le relais pour calmer le cerveau primaire. Chacun va brandir sa jupe rose comme l’étendard de sa liberté individuelle retrouvée.

Dans un monde individualiste, l’important n’est pas la réalité des faits mais le fait que l’on ait une nouvelle tribu à regarder pour savoir comment agir face au danger réel ou supposé.

Sortir du chaos de la crise

Une fois encore, il ne m’appartient pas de porter un jugement. Chacun est libre d’agir et de penser selon ses convictions. Pour cette raison, la conclusion de cet article ne doit pas être lue comme une directive.

Au contraire, c’est une invitation à retrouver quelques réflexes de bon sens. Mon seul objectif est de vous apporter les éléments qui vous permettront de vous faire votre propre opinion, pas de plonger dans la facilité.

La seule chose à se rappeler est que : dans la masse de ce qui circule sur les réseaux sociaux, très peu sont des faits, avérés et présentés de façon neutre et objective.

Si nous souhaitons garder notre intégrité et nous construire notre point de vue, il est donc essentiel de vérifier ces informations avant de les considérer comme des faits. Je vous conseille l’excellent article Wikipédia sur ce sujet ainsi que le très bon article du dicophilo sur l’indépendance du fait et de celui qui le pense ou le connaît.

Souvenez-vous que vous n’avez pas besoin d’un sauveur extérieur qui vous apporte des solutions toutes faites. Nous avons tous en nous les ressources nécessaires pour répondre à notre cerveau primaire.

Ne cédons pas à la facilité des informations toutes faites. Gardons notre esprit critique. Ayons confiance en nos capacités d’analyse et de réflexion.

En dernier lieu, une pièce a toujours deux faces. N’oubliez jamais de la retourner pour voir l’autre côté.

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