Sophrologie et dérives sectaires : évitons la chasse aux sorcières

Sophrologie et dérives sectaires : évitons la chasse aux sorcières 2016-11-10T11:59:10+00:00

dérives sectairesLa peur des dérives sectaires au sein de l’, de l’école ou de toutes autres entités socio-économiques peut se comprendre, il existe quelques exemples bien réels.

Les travaux de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) sont à prendre très au sérieux.

Pour autant, il ne faut pas noircir le tableau.

Une secte ne se cache pas dans chaque cabinet de sophrologue.

L’excès de précaution est autant à bannir que les dérives sectaires dont il est sensé vous protéger.

Identifier les dérives sectaires.

Au cours de ses nombreux travaux (1), la Miviludes a établi une liste de critères permettant d’identifier des risques de dérives sectaires :

  • l’existence d’atteintes à l’intégrité physique ;
  • l’embrigadement des enfants ;
  • le discours antisocial ;
  • les troubles à l’ordre public ;
  • l’importance des démêlés judiciaires ;
  • le caractère exorbitant des exigences financières ;
  • la rupture avec l’environnement d’origine ;
  • la déstabilisation mentale ;
  • les tentatives d’infiltration des organisations.

Dans le cas de l’intervention d’un sophrologue en entreprise, les 4 premiers critères d’identification des dérives sectaires me semblent totalement hors propos tellement ils sont en décalage avec l’objectif même de cette intervention : apprendre à gérer son , à se ressourcer, à s’ouvrir aux autres en commençant par reprendre conscience de son corps. Nous sommes aux antipodes de l’embrigadement, de l’atteinte à l’intégrité physique ou du discours antisocial censés caractériser ces dérives sectaires.

Si les mouvements sectaires aiment parfois instrumentaliser la justice pour bénéficier de l’intérêt des médias, je doute qu’il en soit de même au sein de notre corporation. Les sophrologues, les écoles ou les syndicats qui nous regroupent défrayent moins les chroniques judiciaires que certaines professions bien plus considérées que la notre.

Sur le plan économique, il faut avouer que nous marchons un peu sur la tête. Le constat est sans appel : le principe de précaution pousse les entreprises qui ont compris l’intérêt de cet apport à leurs équipes, à payer plus cher une qui ne répondra pas toujours aux besoins individuels de leurs employés.

Les grands de la formation professionnelle qui se sont engouffrés sur le marché pour répondre à la demande ont des exigences bien plus importantes que celles d’un sophrologue. Dans les faits, même si vous acceptiez de rémunérer notre travail de proximité aux tarifs de ces sociétés de formation, nous resterions très loin d’atteindre des montants exorbitants, susceptibles de caractériser des dérives sectaires.

Amener une personne à lâcher prise, à se relâcher pour la première fois n’est pas un acte facile en dehors du milieu professionnel. Nous sommes tous pris dans des postures, des rôles, des images que nous souhaitons donner de nous même.

Dans le cadre du travail, la chose est encore plus difficile. Tout le monde tente de contrôler l’image renvoyée à son chef, à son subordonné ou à son collègue. Bien souvent, seules les de relaxation de groupe sont possibles en entreprise. Elles restent des moments de bien-être, qui tissent des liens entre les personnes en construisant des souvenirs partagés.

Travailler certains sujets en séances individuelles ne correspond pas à une volonté de couper de l’environnement, mais à s’assurer de tout mettre en place pour réussir l’objectif fixé. De plus, le travail individuel peut parfaitement se faire sur le lieu de travail quand les conditions de calme s’y prêtent.

Déstabilisation et manipulation mentale.

Ces deux derniers critères de dérives sectaires sont certainement les plus redoutés vis-à-vis de la et nécessitent d’en clarifier les principes et, en particulier, le troisième principe fondateur de la : le principe de réalité objective.

Ce principe consiste, pour le sophrologue, à s’obliger à prendre systématiquement en compte l’ensemble des éléments et facteurs qui pourraient influer ou perturber son travail lors d’une séance : le cadre, les conditions dans lesquelles se déroule la séance et le sophronisant, c’est-à-dire la personne qui pratique la sophrologie.

Mais la notion de réalité objective va plus loin, car influe sur l’attitude même du sophrologue et sa façon de conduire la séance. Elle l’oblige à s’adapter à ces conditions, et non les contraindre à sa vision. Il répond aux besoins qui lui sont exprimés, sans aucun jugement.

À cela, j’ajouterais que le sophrologue ne travaille pas sur l’inconscient et que la sophrologie ne fait que proposer. C’est au patient de s’autoriser à faire, à être et à ressentir. La sophrologie ne cherche pas à orienter ou à induire la perception, mais accompagne dans la découverte et l’expérimentation.

Ce difficile exercice de neutralité objective constitue certainement l’un des apports essentiels de nos écoles et centres de formation. Associé à un code de déontologie strict (2), je pense que notre profession a mis en place les garde-fous nécessaires à freiner les dérives sectaires.

Cette neutralité objective et ce respect d’un code de déontologie sont également des facteurs qui excluent toute raison de vouloir infiltrer une organisation. Le sophrologue a tout à gagner à rester extérieur à l’entreprise. Dans le cas contraire, le risque est de perdre son objectivité et sa neutralité, source de la confiance nécessaire à la réalisation de sa mission.

Par ailleurs, sa mission doit d’être ponctuelle. Nous ne sommes là que pour transmettre les techniques et donner l’impulsion de départ. L’autonomie et la volonté de pratiquer de façon autonome sont des éléments essentiels de la démarche.

Évitons la chasse aux sorcières.

Comme je l’ai exprimé en introduction, il me semble tout à fait normal de veiller à se protéger de toute dérive sectaire et il serait vain de vouloir se voiler la face. Ce type de pratique existe dans tous les domaines. Elles peuvent être l’oeuvre d’organisations, mais également de personnes.

“Il faut éclairer la conscience et non la contraindre” – Diderot

dérives sectaires - chasse aux sorcièresÀ l’opposé, vouloir se protéger des dérives sectaires en fermant toutes les portes et de jeter l’anathème sur une pratique, reconnue par ailleurs, uniquement par manque d’information n’est pas non plus la bonne solution.

Un juste milieu peut être trouvé. Les DRH disposent aujourd’hui d’information sur nos pratiques et il existe suffisamment d’écoles ou de syndicats pour savoir où et comment s’adresser à un praticien en qui avoir confiance pour limiter ces risques de dérives sectaires.

Face à une responsabilité de plus en plus grande de l’entreprise vis-à-vis du bien-être, de la sécurité et de la santé de ses salariés, il me semble être temps d’ouvrir les discussions, d’apprendre à nous connaître et à réaliser que les bénéfices qu’exploitent déjà les sportifs, l’armé ou le domaine médical, peuvent également s’appliquer dans l’entreprise, en toute transparence.